’est l’histoire (vraie) d’une aventure commune que conte le beau film de Xavier Giannoli : celle d’un vulgaire arnaqueur,
"L'important, c'est de vivre un truc ensemble" (Ph. C/dits)
…Et celle d’une population usée par le chômage, les déconvenues liés à d’autres arnaques, légales et de plus vaste ampleur : délocalisation de l’usine, abandon du chantier de l’autoroute par des dirigeants corrompus…, et qui au contact du projet retrouve enthousiasme et espoir.
L’arnaqueur piégé
D’abord replié, trahi par sa fausse identité, le petit escroc laisse le malentendu s’installer, les compétents répondre à leurs propres questions. Sphinx au passé lourd, solitaire, taciturne, il attend en homme traqué le moment de s’enfuir, quand un autre piège le retient : la confiance de ceux dont il est devenu malgré lui «l’homme providentiel». Investi de responsabilités dont il se sentait sans doute incapable, il change. Faute de pouvoir déplacer des montagnes en terre ch’ti, la foi du voyou y tracera un tronçon d’autoroute.
Une dimension épique
L’arrivée en ville, puis sur le chantier, des camions et tracteurs saluée par la population telle une armée de libération, la camaraderie des troupes, la volonté de finir le tronçon coûte que coûte, en temps voulu, évoquent plus qu’un retour au travail à temps plein une campagne épique, l’épopée d’une commune ralliée autour d’un chef pour une mission héroïque. Quand ce chef improvisé, pour sauver troupes et projet, s’apprête au sacrifice de soi, l’aventure change de dimension.
Riche palette
Au-delà du destin de ce personnage énigmatique, le récit invite à des questions sur la nécessité d’un chef, quand la délégation fonctionne aussi bien; sur l’impunité des «délocaliseurs», responsables de détresses sobrement évoquées; sur l’opportunité de la prison pour seule réponse aux infractions même salutaires…
Sens du suspense, de la narration, de l’humain, fluidité de l’écriture, souci du plaisir du public donnent à ce film tour à tour intimiste et épique, pudique et poignant, un ton original dans le cinéma français actuel. François Cluzet et Emmanuelle Devos égaux à eux-mêmes, Depardieu éléphantesque et immonde à souhait, côtoient de si justes équipiers qu’ils pourraient avoir été engagés sur place (ce qui ferait de Giannoli un autre bienfaiteur local…) Mention spéciale au jamesdeanien Vincent Rottiers.













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