es squatteurs du 1bis, place des Vosges pourraient bien y passer, comme ils l’espèrent, «l’hiver au chaud» : la Préfecture,Décision de justice le 30 décembre.
Yves, Solène, Margaux, Nabila, Christophe et leurs camarades de fac ou du Conservatoire – une quinzaine – tiennent à terminer leurs études. Les trop rares cités U sont submergées. Une bourse, quand on l’obtient, ne suffit pas à payer un loyer parisien… sauf, de justesse, à la compléter par un job qui nuit à l’étude : «Ceux qui redoublent travaillent; ceux qui travaillent redoublent.» Alors, à 23 – 24 ans, on squatte : chez ses parents («ce qui crée un rapport malsain»), chez des amis, ou dans ces locaux vides, désaffectés ou acquis par spéculation, ou encore pieds-à-terre de riches étrangers, dont on sait que Paris regorge.
Une vieille dame indigne d’opprobre
L’hôtel natal de la marquise de Sévigné a été racheté à un Américain en 1965, avant que le Marais ne soit réhabilité, par cette Mme Cottin désignée, depuis novembre, dans une presse expéditive comme la «méchante» de l’affaire, pourrie d’un fric dont elle ne connaîtrait pas la valeur, et qui exigerait des squatteurs d’illico décamper, plus d’exorbitants dommages et intérêts.
Née dans les années 20, Béatrice Cottin a quitté le Liban, sa terre de résidence, pour Paris. Son idée était de restaurer à l’identique les quelque 2000 m2 de l’hôtel délabré, pour y créer une fondation vouée à l’étude des langues orientales. Les locataires dûment relogés, celle que ses proches nomment «l’originale de la famille» se lance dans l’aventure de sa vie : une restauration minutieuse, où chaque matériau est d’époque, et qui durera 30 ans, pendant lesquels elle vivra sur place, à la spartiate (sans eau chaude), entre architectes et artisans, jusqu’à ce qu’en 1996 le manque d’argent interrompe les travaux*…. Endettée, la voici sous tutelle, reléguée en maison de retraite. La semaine dernière, au fait de l’intrusion – sans effraction, le portail restant ouvert -, elle rapplique un matin pour faire la connaissance de ses hôtes tout surpris du décalage avec le personnage annoncé :
-Elle est arrivée sur ses béquilles, toute seule, de sa maison de retraite du 3e. Elle avait hâte de nous connaître. Ca s’est vachement bien passé, c’est une femme d’une grande humanité. …**
De langues-o à cité-u
Hélas, la sympathie de Mme Cottin sera de peu d’effet sur le jugement. Mais le procès, prévu pour le 30 au tribunal d’instance du 4e***, n’annonce pas le départ immédiat des squatteurs : entre décision de justice et application des mois peuvent s’écouler. Mois dont nos résidents devraient se souvenir, et pourraient devenir nostalgiques une fois relogés par le CROUS.
A moins qu’entre temps n’intervienne une sage décision, guère éloignée du projet initial : faire de l’hôtel de Sévigné une cité universitaire?

Sa vie et sa fortune à restaurer le lieu
**»Les Pieds sur terre», France culture 8/12
***2, place Baudoyer, à 14 h














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