ui d’autre que Jane Campion oserait le film d’une passion amoureuse, située au début de l’époque dite romantique,Les conventions de l’époque victorienne n’ont pourtant pas que de mauvais côtés pour un cinéaste : interdits de vulgarité, les protagonistes rivalisent d’un esprit qui enrichit le dialogue sans lui ôter de naturel. Fanny Brawne, fille de famille aisée mais tolérante hébergeant le poète pauvre et un de ses amis, n’en manque pas. Sa coquetterie ne se borne pas aux fanfreluches qu’elle passe à coudre tout un temps voué aux petits riens : elle cache d’abord à son hôte, un peu misogyne comme ses pairs contemporains, une admiration qui ne prendra de valeur que lorsque la jeune fille se sera révélée digne d’intérêt; elle ruse, use de reparties cinglantes envers l’ami jaloux…
Un ménage à trois inavoué
Car le premier obstacle à l’amour de Fanny n’est ni sa mère ni une tierce rivale, mais le compagnon – protecteur de Keats, Brown (Paul Schneider), poète mineur, furieux de l’emprise croissante de la jeune femme sur celui qu’ils admirent tous deux. Cet «ami qui vous veut du bien», fort en gueule, pontifiant, coureur, prêt à éliminer tout ce qu’il estime nuire à la création de son protégé, et représentant un mépris des femmes à son apogée au XIXe, aura si l’on en croit Campion* obstinément tenté de dissuader Keats. Le prétexte étant les obligations qu’implique le mariage. Mais ce qu’éprouve vraisemblablement Brown pour Keats n’osait pas encore dire son nom en 1820…
Message et mystère
L’amour de John Keats et de Fanny Brawne vivra, nourri et décuplé par une correspondance enflammée, malgré Brown, malgré la différence de conditions gentiment rappelée de temps à autre, sans insistance, et pas même vaincu par la tuberculose puisque Fanny restera longtemps fidèle à son cher disparu.
La jeune frivole finit par rejoindre l’héroïne intransigeante d’»Orgueil et Préjugé» de cette autre Jane – Austen -, dans son refus des attitudes et injustices sociales, dans sa quête d’absolu qui passe par l’estime de l’être aimé. Plus encore que de combats c’est de cette beauté-là que le film est pétri, de la bande-son à l’image, décomposée en tableaux somptueux. Peut-être faut-il lui attribuer la définition de la poésie prêtée ici à Keats : «un lac : on y plonge, non pour le comprendre, ni pour atteindre l’autre rive, mais pour le bonheur d’y être (…) Il faut accepter ce mystère».
*Inspirée par la biographie d’Andrew Motion (non traduite)














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