De nos cailloux frottés/Il sort des étincelles/La lumière en peut naître/Et nos grands érudits/Ne nous ont éclairés/Qu'en étant contredits / Voltaire

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‘Invictus’ : Mandela selon saint Clint

De film en film l’ex- ‘impitoyable’ progresse sur le chemin de la perfection de l’âme. (Au train où il produit,
il devrait l’avoir bientôt atteinte.) Avec «Invictus» Clint Eastwood trouve en Nelson Mandela, et en Morgan Freeman, qui l’incarne à merveille, un alter ego dont l’idéal fédérateur ne saurait s’aider que de confiance, de séduction, de générosité, de pardon.

"Madiba"

"Madiba" (Morgan Freeman) : "Je remercie les dieux pour mon âme insoumise"

Cette fois encore le récit nous prend, peut-être naïf mais sincère.

Quand, en 1995, Mandela arrive au pouvoir, on s’attend, sinon à une guerre civile, à l’éjection de la minorité blanche, des affaires publiques mais aussi, non moins grave, de l’équipe de rugby. Blancs à une exception près, les fameux Springbocks sont aux yeux des victimes de l’apartheid un symbole à éradiquer d’urgence avec leur hymne, leur emblème, leurs couleurs. «Madiba*» non seulement les garde, mais fait de leur victoire en coupe du Monde, en 1996, une priorité : une condition à la réconciliation nationale et à l’aura du pays dans le monde.

Les Springbocks, soldats de la réconciliation

«Invictus» est consacré à cet épisode, risqué pour celui qui, à peine en place, frustre ses partisans de leur soif de faire table rase. Sagesse humaniste ou calcul politique?

Si le successeur de De Klerk s’oppose aux règlements de comptes, hasardeux et improductifs, en revanche il met une énergie de général en campagne à favoriser les matches des Springbocks. Soignant leur popularité auprès des gamins des bidonvilles, discutant tactique jusqu’en dehors du terrain, il fait de chaque tournoi préalable à la Coupe une bataille aussi vitale et pathétique qu’un combat armé dont dépendrait le sort du pays. Dès lors, qu’on kiffe ou non le ballon ovale, on en suit la trajectoire le souffle coupé.

Un mystère non percé

Le Mandela de Clint Eastwood, ambigu quoique très charismatique, drôle, poète, gentleman, amateur des coutumes de l’occupant britannique, laisse perplexe quant à la sincérité de ce qui est montré comme une empathie quasi universelle. «Pourquoi cajoler une minorité?» lui demande sa secrétaire. -Une minorité qui contrôle encore tout…» Brièvement évoqués, les 27 ans subis dans 10 m2 avec vue sur travaux forcés, à étudier la culture, le langage, les sentiments de ses geôliers afrikaners, ont-ils rendu le militant philosophe ou prudent? Modeste ou calculateur, ou encore ambitieux au point de se vouloir comme il l’affirme «au-dessus des querelles» et des mesquineries humaines? Ou s’est-il pris au jeu de l’empathie, comme à celui du rugby qu’il finit par aimer en supporter, plus qu’en politicien?

On ne doute en tout cas pas de celle de Clint Eastwood pour son personnage, qu’il aurait pu jouer lui-même avec du fond de teint : mêmes regard, attitude, même sourire, même dada de la rédemption, de plus en plus lié à l’œuvre sans, Dieu merci, qu’en souffre le suspense, mis en musique par un heureux mélange de chants africains et européens fraternellement distillés.

*Nom affecteux donné à Mandela par ses partisans

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