De nos cailloux frottés/Il sort des étincelles/La lumière en peut naître/Et nos grands érudits/Ne nous ont éclairés/Qu'en étant contredits / Voltaire

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Une chasse aux dérapages pas très catholique

Le mot ne quitte plus guère les unes même ambitieuses. Unis par une même absence d’inventivité et de personnalité,
politiques et médias copient/collent, à chaque ouverture un peu balourde de grande gueule publique  : «Nouveau dérapage de X…» S’ensuivent procès, anathèmes, et la fortune d’une expression désormais connotée.

Des envois de fleurs mal traduits

Repérer les mots à l'index

Défendre Georges Frêche, l’homme qui se vante de contourner la loi de 1905 pour faire construire des mosquées, ne s’envisage pas de gaieté de cœur; pas plus que de trouver des excuses au goujat qui  dit avoir «souffert sur» Mme de La Fayette. Mais il est du devoir de ceux qui ont gardé l’ouïe assez fine pour discerner tous les éléments d’une phrase clairement prononcée, sa prosodie, sa sémantique, son contexte, de s’alarmer d’une tendance générale à la surdité sélective.

«Racaille», «karcher» et autres «sous-hommes» en pâture

Feu l’excellente émission de Daniel Schneiderman «Arrêt sur images» (La 5), dont l’objet était de décrypter extraits d’émissions et reportages, avec leurs commentaires, avait, au moment de l’ ‘affaire du karcher’, été la seule à s’imposer l’honnêteté de faire entendre le mot dans son contexte  : un dialogue entre le Président, en visite dans une cité malmenée par des bandes, et une habitante qui l’exhortait de sa fenêtre :

-Monsieur Sarkozy, vous allez nous en débarrasser, de cette racaille?

-Comptez sur moi, Madame, je vais vous débarrasser de cette racaille. Et au karcher.

Le choix des mots, le ton n’étaient peut-être pas adaptés à la fonction; mais quand on vote Sarko on ne s’attend pas à entendre à sa place Balladur, ou Jospin. La prestation de son interlocutrice – de même appartenance ethnique et sociale que ceux qu’elle désignait – fut coupée au montage de tous les reportages, la conclusion s’imposant alors : Sarkozy englobe dans un même mépris tous les jeunes immigrés. La légende perdure.

Des interprétations à contre-sens

Flemme ou manichéisme? Frêche et d’autres, sur un mot maladroit pris au vol, machinalement, par des robots programmés pour n’entendre que lui, jouent leur carrière sans que nul sauf l’intéressé ne s’autorise à émettre un bémol, une contradiction qui seraient pris pour soutien politique. «Vous êtes des sous-hommes», lançait il y a quelque temps l’élu du Languedoc à des harkis lors d’une altercation qu’on a pu voir, quant à elle, in extenso sur plusieurs chaînes. En le rudoyant il était clair que le tonitruant socialiste invitait le groupe à ne pas se laisser abuser par une droite qui le déconsidérait. De son sermon (approximatif)  : «Ils se foutent de vous! Vous n’allez quand même pas vous laisser marcher dessus! Ce n’est pas possible, mais vous êtes des sous-hommes!» on n’a retenu que les derniers mots, en leur prêtant une intention au premier degré.

Un minimum d’écoute et d’empathie persuade pourtant que la fougueuse engueulade n’avait pour but que de tirer d’un mauvais pas ceux qui – ironie – sont maintenant convaincus de la déloyauté de leur avocat.

Un «pas-très-catholique» des plus orthodoxe

Attaqué par Laurent Fabius (sur un mode sans nul doute plus courtois), l’incorrigible Frêche a conservé pour lui répondre ses sabots bruyants. Si je suis pas malin, toi ta tronche elle est pas catholique. De l’enfantillage de récré. Mais Big Brother veille, et les commandos antidiscrimination ont tôt fait de repérer, tel un traitement de texte des occurrences, les gros mots à l’index.

Comme nouveau-nés ignorants des us du monde qu’ils découvrent, la génération aux manettes n’aurait donc jamais entendu l’immémoriale expression : «pas très catholique», passée de mode il est vrai, mais qui au XXe siècle désignait en vrac ce qui paraît obscur, suspect, compliqué, affaire foireuse ou recette de cuisine, problème de robinets…. Issue de la foi millénaire, elle ne s’y rapporte pas plus consciemment que «ma foi», «damned» ou «Dieu merci». Fabius, du reste, n’est pas plus juif que Frêche antisémite. Mais, pour les flics du langage et de la libre expression, ce n’est qu’un détail.

Oh! Pardon.

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3 commentaires pour “Une chasse aux dérapages pas très catholique”

  1. Ah ! Merci et bravo ( brava ? :-) ) .. car nous nous sommes fait la même réflexion, par chez nous.
    … imagine, un jour, que l’ on en vienne à dire :  » tout ça n’ est pas très musulman ! »
    … et de rire et de rire !

  2. Rien à ajouter à cette pertinente analyse, sinon qu’il serait temps de juger les hommes et les femmes politiques à leurs actes et non pas à des paroles plus ou moins tronquées ou manipulées , à qui l’on peut faire dire tout le mal que l’on veut…Ce qui revient à faire de la politique un simple moulin à parole sans effets réels…

    Qu’à fait ou n’a pas fait d’antisémite ou d’anti-arabe ou de..etc., GF dans sa région ? ça c’est du dur !
    Tellement dur (difficile) que les journalistes capitulent, pour se faire les perroquets d’eux-même et de bouts de phrases sorties de leur contexte de sens.

  3. Polémique à « 2 balles » (à mince, je sais pas si j’ai droit à cette vieille expression?) . Tout les mots sont dénoyautés pour en extraire « l’amende ».

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