ueur ou tyran, l’homme capable à lui seul de pourrir la vie d’un maximum d’autres est une énigme fasci(st)nante dont le cinéma n’a pas fini de se nourrir. Marc Dugain,L’intrigue, impossible à résumer sans en dévoiler le suspense, est surtout prétexte à entrer dans l’intimité du Petit Père. Enclin, si l’on en croit Dugain, à se mettre en scène et à se raconter, celui-ci donne au cours de séances imposées à la jeune Katerina, qui n’en demande pas tant, son point de vue sur Hitler, Roosevelt, les besoins du peuple qui l’obligent à se transformer, lui si simple, en icône… Info ou intox? On apprend qu’il se faisait projeter à domicile des westerns américains, ou Le Dictateur de Chaplin; qu’il ne rechignait pas à recourir au paramédical, «superstition» rigoureusement interdite au tout venant…
Sa cruauté sereine, illustrée par son fameux mot : «La mort d’un homme est une tragédie; celle d’un million d’hommes, une statistique»; son antisémitisme assumé, son paternalisme, sa causticité, sa mégalomanie, et même ses accès de bonhomie composent une panoplie de dictateur universel, dont on aimerait savoir la part de réalité, et surtout l’origine. Ce sera pour un autre film.
Un malaise palpable
Pour porter à l’écran son propre récit*, Marc Dugain a choisi la sobriété. Pas d’éclats, pas de violences, ni d’audaces de caméra particulières. Le malaise permanent d’une population se lit dans les non-dits, la lourdeur des attentes au long des couloirs d’hôpitaux ou du Kremlin, les regards suspicieux, et jusqu’aux conversations en famille. Furent-elles à ce point contraintes?
Sobres aussi, les acteurs. Ils sont les premiers à savoir que, grimés pour une «composition», ils bluffent immanquablement ceux qui ne sont pas «du métier». Dussolier est aussi bon ici que sans fard ni postiche; pas meilleur. Marina Hands, comme diraient les turfistes, confirme une classe exceptionnelle.
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