
La loi spécifique de 1981, dont l’objet était d’ «améliorer la condition de la femme dans le milieu professionnel«, vient d’être déclarée caduque par le Parlement, marquant selon les intéressées «le terminus d’un des grands projets de société de notre époque«.
En temps de crise, on le sait, les femmes sont les premières à écoper. Planning, crèches, emploi du temps propres à permettre de mener de front carrière et éducation des enfants ont pris des airs de médicaments de confort en plein naufrage. Le système suédois des congés parentaux, qui incitait les pères à donner de leur temps aux nouveau-nés, est abandonné. Avec, indissociable, l’égalité au sein du pays qui reste – pour combien de temps? – le plus exemplaire.
Effet pervers de la «diversité»
De plus, l’objectif d’égalité entre genres s’éclipse, ces dernières années, au profit de l’égalité entre communautés. Les droits des femmes, ramenés à l’âge des cavernes, se résument donc désormais à refuser des pratiques peu connues des autochtones, mais auprès desquelles les différences de salaires ou la souplesse horaire font figure extraterrestre : crimes d’honneur, excisions, violences conjugales, mariages forcés… Avec l’arrivée en force d’un patriarcat plus encore ancré dans les mœurs des récents immigrés que dans le Moyen Age occidental, comment des élus ne seraient-ils pas tentés de mettre en veilleuse, voire au rencart, ce que bon nombre de leurs derniers électeurs en date considèrent comme un aspect de la décadence occidentale?
Des valeurs oubliées par opportunisme
«Il était plus simple, note Lotta Engzel-Larsson*, pour un parti jadis fortement dominant comme les sociaux-démocrates, presque un parti d’Etat, d’imposer une politique fondée sur des convictions idéologiques sans avoir à se préoccuper de l’opinion publique à court terme. Aujourd’hui la situation a changé, les partis sont plus opportunistes et l’égalité passe pour un thème par lequel on a beaucoup à perdre et peu de chose à gagner.»
Effets divers de la perversité
Résultat insolite : gauche et droite échangent leurs principes. C’est l’Alliance de droite, comptant récupérer un vote féminin traditionnellement à gauche, qui reprend les propositions des féministes, mettant ces derniers devant le choix cornélien de trahir sa famille politique pour préserver une partie de ses idéaux ou de trahir une partie de ses idéaux pour préserver, etc.
Restons optimistes. Comme le dit Jane Fonda, une cause portée par plus de la moitié du monde ne peut qu’aboutir – tôt ou tard. Reste, pour que ce ne soit pas trop tard, et que ce retour à la case départ ne provoque pas des surprises électorales risquées, à faire comprendre à ladite moitié où est son intérêt. A cet effet de nouvelles Suédoises, telle la réfugiée féministe iranienne Parvin Ardalan, Prix Olof Palme 2008, seront plus utiles que les retourneurs de veste gouvernementaux, qu’ils soient suédois ou de quelque autre pays européen…
*Dans Fokus Stokholm, rapporté par Europress
Lire aussi, sur Libération, «La très féministe Suède fait encore violence aux femmes














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