ous les enfants sont des sorciers», chantait Brel en hommage nostalgique à l’instant béni. Mais, pédo-exorcistes, plus couramment nommés prédicateurs, prophètes, ou pasteurs.
Le sorcier bouc émissaire ne date pas d’hier. Mais on le trouvait chez les adultes, femelles de préférence, chargés en temps de crise d’apaiser par leur sacrifice les maux de la tribu. La nouveauté, stupéfiante et révélée par l’Unicef dans son nouveau rapport, réside dans l’extrême fragilité de victimes jusqu’alors protégées : les enfants. Orphelins, albinos, hyperactifs, surdoués, timides ou solitaires, ceux dont l’apparence ou le comportement déroge tant soit peu à la norme sont les plus exposés.
Un business naissant
Que survienne un accident, une déconvenue en sa présence, le mauvais œil est repéré, le gamin déclaré sorcier, après validation par un prédicateur-prophète-exorciste dont la profession grossit avec les cas décelés, éventuellement par ses soins. La manne suscite des vocations, et la création d’ ‘Eglises’ spécialisées, consacrées à la «délivrance» consécutive aux «aveux» obtenus par la force ou la privation de nourriture.
L’effet de crises cumulées
Chaque «cure d’âme» prescrite par la suite rapporte au prophète local, ou à l’ ‘Eglise’, quelques dizaines d’euros et l’estime du quartier. Car c’est surtout en ville que le phénomène se développe, dans l’Afrique la plus longuement déstabilisée par les conflits et les difficultés économiques, cette Afrique où les enfants peuvent être aussi soldats : RDC, Angola, Nigeria, Centrafrique, Liberia… Dans les rues de Kinshasa (RDC) ils seraient des milliers à errer dans les rues, chassés – quand ils n’ont pas été tués - par leurs familles pour sorcellerie et livrés à eux-mêmes.
Un «dialogue avec les religieux», une aide économique, l’éducation des communautés sont les pistes données en conclusion, sans surprise, par le rapport de l’Unicef. On pourrait aussi suggérer à leurs dictateurs milliardaires d’offrir à chaque famille toute la série des Harry Potter. Histoire de leur donner sur leurs petits sorciers le même regard que Jacques Brel.














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