ergé n’y est que par le sujet, et encore, picoré d’un album à l’autre, et par de pâles reconstitutions de musée Grévin,L’hommage est pourtant sincère, témoin en ouverture (meilleur moment du film) un sosie de Hergé croquant Tintin en trois célèbres coups de crayon dans la brocante où apparaît la première des Licorne. Présente aussi, une certaine magie, due à la motion capture et au savoir-faire de l’enthousiaste Spielberg, toujours généreux en prouesses techniques et physiques. Mais le tintinophile ne retrouvera pas l’univers qui lui est cher, composé de petits riens, alternances de moments feutrés et d’action, d’inquiétude et de rassurants répits nourrissant l’inconnu qu’il pressent et ajuste au gré de son propre rythme.
Action, action, action…
Jamais en sommeil, l’action, chez Spielberg. Pas un silence, pas une respiration, même pour éclairer l’intrigue ou cogiter un plan entre deux tirs de mitraillette, suspendu au dessus d’un pal ou planqué dans la cabine de marins qui vous guettent.
Entre humain et pantin prodigieusement animé, Tintin (Jamie Bell), quoique plus expressif et démonstratif, est fidèle au modèle. Mais Haddock (Andy Serkis) restera l’épave aperçue dans «Le Crabe au pinces d’or», amorce larmoyante et verbeuse de la grande figure truculente, dont l’allergie à la belle voix d’une Castafiore non caricaturée paraît ici imputable à la maladie, nommément désignée.
Les Dupondt, plus proches du suifard sergent Garcia («Zorro») que de nos jumeaux à facettes, ne sont pas plus gâtés; ni Milou, réduit par la privation de la parole à l’état de petit chien débrouillard.
…et psychanalyse!
Alors que, chez Hergé, l’allusion de Haddock à son illustre ancêtre se résume à l’indispensable éclairage d’un moment de l’intrigue, Spielberg fait de cette parenté, ici mal assumée, une clé de voûte, motif de l’alcoolisme triste d’un descendant complexé. A l’intention des lents l’explication se répète, donnant lieu à des sermons de Tintin, à des épanchements pathétiques dont le maître doit rougir dans sa tombe.
Mission impossible, peut-être, que de restituer à l’écran une œuvre aussi personnelle, surtout par un auteur moins complexe, qui n’aura capté de sa lecture que l’intrigue et le mouvement, comme à celle d’un synopsis? En attendant confirmation, ou démenti, rouvrons donc nos albums.
Lire dans Le Soir belge la passionnante genèse de la bande dessinée












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