lle s’appelle Sabine. Sabine Bonnaire. Sa soeur Sandrine ne l’a pas lâchée depuis leur commune enfance. Avant et après l’autisme.Sabine, fragile, a sombré à l’adolescence, vraisemblablement sous le choc d’un deuil, dans une sorte d’incapacité à communiquer normalement. Ignorante comme tant d’autres des pratiques moyenâgeuses de la psychiatrie moderne, sa famille la confie alors à un hôpital qui aggrave son état.
Combien sont-ils encore, de ces enfants souvent mutiques, parfois désarmants de beauté, à errer comme il y a dix ans dans des salles d’hôpitaux morbides, tel le Trenet de La Folle Complainte:
Pourquoi j’étais distrait
Je n’ai pas su sourir
A tel ou tel attrait
On y goûte un aperçu du XIXe siècle dans ce qu’il a eu de plus austère. Pas de jeux, pas de sourires. Parfois, dans l’indifférence d’un personnel mal formé, un hurlement fend le ronron de la télé, accompagné de coups de crâne dans le mur, et le fautif est froidement maîtrisé. Un parent veut-il reprendre son gamin, on lui fait recopier un texte de décharge de plusieurs pages propre à l’effrayer sur les conséquences de sa décision (d’où, peut-être, la majorité de gosses immigrés, dont les parents se seront laissé impressionner…)
Les recalés, en Belgique!
«Au-dehors», guère de solution : des centres fourre-tout, ruineux pour la Sécu, où toute sorte de handicaps se côtoient; où l’on attend à force de gentillesse et de laisser-aller, quelquefois par la grâce d’une psychothérapie, voire d’une psychanalyse (!), sinon une guérison, un bien-être qui ne peut venir qu’avec la possibilité de s’exprimer.
De courageux parents ont secoué leur détresse, dans les années 90, pour créer sur les modèles canadien et américain des centres éducatifs propres à donner à leurs enfants, avec des apprentissages spécifiques, une autonomie qui ne leur était jusque-là pas accessible. Quelques-uns de ces centres voient le jour, aussitôt assaillis de demandes qui n’aboutiront pas pour la plupart, tant sont longues les listes d’attente.
Les recalés – les plus chanceux – trouvent une place en Belgique, dans des «MAS» parsemées sur une frontière dont on a du mal à comprendre l’attrait qu’elle exerce sur les pouvoirs publics français, quand par maints endroits notre terroir est désertique, et qu’y construire serait source d’emplois. Faut-il au malheur des parents ajouter celui de la distance, qui espace les retrouvailles?
Rien de tel en tout cas, pour secouer les léthargies, que ces initiatives d’artistes dont on comprend qu’ils soient tant aimés du public : ce seront peut-être les Sandrine Bonnaire, Marc Lavoine et autres Michel Creton qui nous feront enfin sortir de ces derniers obscurantismes?
Elle s’appelle Sabine, film de Sandrine Bonnaire. En salles le 30/12008














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