De nos cailloux frottés/Il sort des étincelles/La lumière en peut naître/Et nos grands érudits/Ne nous ont éclairés/Qu'en étant contredits / Voltaire

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Quand la justice européenne se charge d’appliquer des fatwas

En France, c’est une femme légalement répudiée parce qu’elle n’était pas aussi vierge qu’annoncé. Aux Pays-Bas,
un dessinateur satirique emprisonné pour «discrimination» à la suite de la plainte d’un imam.

En Allemagne, un mari tortionnaire relaxé pour cause de «culture différente»… Et dans les débats télévisés, des idiots certainement utiles, anciens bouffeurs de curés pour certains, qui vous disent que mettre une culture en cause, c’est porter atteinte à ceux qui en sont issus*.

Gregorius Neckschot (qui tient à son pseudo parce qu’à la vie) s’attaque à tout dans ses dessins plutôt potaches, entre Charlie-Hebdo et caricature 1900 : aux religions, à l’interdiction de fumer, à la police, à la multiplication aux Pays-Bas des monuments à l’esclavage, au politiquement correct en général… Contrairement à Théo Van Gogh, il se dit conscient du danger : ce qui était inimaginable il y a peu menace ouvertement, désormais, ce type d’amuseur.

Situation kafkaïenne

Pourtant il s’est retrouvé, dit-il, «comme dans Le Procès de Kafka»: quand la police, après avoir fouillé ses tiroirs, sa bibliothèque, l’a retenu en prison, il s’est demandé pourquoi. Payait-il pour Fitna, le mauvais pamphlet sur l’islam que le Gouvernement n’a pas réussi à faire interdire? «Sûrement. On cherchait un bouc émissaire pour calmer les tensions, montrer qu’on gérait la situation.»

L’opposition – au risque de se faire traiter d’extrémiste, tant s’inversent les rôles – dénonce une atteinte à la liberté d’expression : cette liberté, dite aussi de conscience, que la Constitution européenne inscrit à son article 18, et que l’Arabie saoudite réfute dans un document ouvertement polémique**.

L’hypocrisie au pouvoir

A force de calmer les uns sur le dos des autres, où s’arrêteront des décideurs qui autorisent maintenant la ségrégation sexuelle à l’école, ou dans les piscines, comme à Lille où le mariage évoqué plus haut vient d’être annulé? Y aura-t-il des horaires pour la plage, le cinéma, le café? Pour la lapidation, puisqu’elle est l’expression d’une culture? La peur fera-t-elle des Européens de nouveaux «dhimmis» – ces non-musulmans qu’on laissait en vie, sous l’islam, en échange de leur soumission?

Encore une fois, ce sont les premières intéressées qu’on doit écouter. Ni putes ni soumises, «atterrée», évoque ce matin «une fatwa contre la liberté des femmes». Comme Elizabeth Badinter, ses membres savent où mène la sentence du juge lillois : dans les hôpitaux, où l’on se fera rafistoler comme au bon vieux temps de l’obscurantisme. Que dira alors ce juge qui n’a «tenu compte que du mensonge» de l’épouse indigne?

*On n’est pas couché, la semaine dernière
**Abdelwahab Meddeb,
Sortir de la malédiction, l’Islam entre civilisation et barbarie (Seuil)

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