’optionnelle, la lecture annuelle de la dernière lettre de Guy Môquet aux siens devient obligatoire en classe à partir d’aujourd’hui. Aux enseignants récalcitrants,Bien qu’ il leur soit loisible de l’assortir d’autres textes à leur convenance, plus à même par leur densité, leur pouvoir d’évocation, et pourquoi pas la qualité de leur langue, de transmettre l’idéal résistant, ils devront s’incliner devant le choix de celui qui a «souffert sur La Princesse de Clèves«.
Tout adieu d’un condamné à mort, surtout jeune, est certes déchirant, même quand il se résume à des banalités. Mais pourquoi, parmi tant d’archives de l’époque, tant de témoignages de martyrs de la Seconde Guerre, avoir choisi celui du jeune communiste? Parce que sa mort coïncide avec la rentrée scolaire? Par souci de ratisser large? Ou parce que le Président n’en a pas lu d’autres? Plutôt que de rendre hommage à un partisan de telle ou telle faction, n’aurait-il pas été plus fédérateur de choisir un résistant «sans étiquette», sans autres idéaux affichés que ceux de justice et de liberté? Ou de visionner en classe, par exemple, L’Armée des Ombres de Melville, exemplaire à cet égard?
Tous les profs de France vont donc devoir s’exécuter. Avec effet non garanti, car si d’un texte riche, même dit et entendu à contrecœur, quelque chose peut atteindre, les mots suivants prononcés avec emphase, mollesse ou tout autre ton inapproprié risquent de manquer leur but.
Lettre de Guy Môquet
«Ma petite maman chérie,
mon tout petit frère adoré,
mon petit papa aimé,
Je vais mourir ! Ce que je vous demande, toi, en particulier ma petite maman, c’est d’être courageuse. Je le suis et je veux l’être autant que ceux qui sont passés avant moi. Certes, j’aurais voulu vivre. Mais ce que je souhaite de tout mon cœur, c’est que ma mort serve à quelque chose. Je n’ai pas eu le temps d’embrasser Jean. J’ai embrassé mes deux frères Roger et Rino. Quant au véritable je ne peux le faire hélas !
J’espère que toutes mes affaires te seront renvoyées elles pourront servir à Serge, qui, je l’escompte, sera fier de les porter un jour. A toi petit papa, si je t’ai fait ainsi qu’à ma petite maman, bien des peines, je te salue une dernière fois. Sache que j’ai fait de mon mieux pour suivre la voie que tu m’as tracée.
Un dernier adieu à tous mes amis, à mon frère que j’aime beaucoup. Qu’il étudie bien pour être plus tard un homme.
17 ans et demi, ma vie a été courte, je n’ai aucun regret, si ce n’est de vous quitter tous. Je vais mourir avec Tintin, Michels. Maman, ce que je te demande, ce que je veux que tu me promettes, c’est d’être courageuse et de surmonter ta peine.
Je ne peux pas en mettre davantage. Je vous quitte tous, toutes, toi maman, Serge, papa, je vous embrasse de tout mon cœur d’enfant. Courage !
Votre Guy qui vous aime














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